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Conformité no-code : six questions rendent le déploiement auditable

Les équipes métier déploient des outils no-code plus vite que la DSI ne peut les auditer. Résultat : des données personnelles dans des SaaS dont personne ne sait où elles sont hébergées, qui y accède, ni comment en sortir un jour.

Publié le 3 juin 20268 min de lectureniveau mixtedonnées vérifiées le 12 août 2026

TL;DR

  • Six questions écrites suffisent à rendre un déploiement no-code auditable : localisation des données, base légale, modèle de droits, journalisation, réversibilité, continuité.
  • La « résidence UE » est presque toujours partielle : Airtable stocke le contenu des bases à Francfort, mais les données d'authentification et les métadonnées restent aux États-Unis (constaté le 12 août 2026).
  • La CNIL recommande de conserver les journaux 6 mois à 1 an ; par défaut, Make conserve ses logs 30 jours, et l'audit log de Notion (jusqu'à 365 jours) est réservé au plan Enterprise.
  • L'article 28 §3 du RGPD impose huit clauses au contrat de sous-traitance, dont la restitution ou la suppression des données en fin de contrat (point g) et le droit d'audit (point h).
  • La nLPD suisse, en vigueur depuis le 1er septembre 2023 sans période transitoire, n'est pas un mini-RGPD : registre exempté sous 250 collaborateurs pour les traitements à risque limité, pas de liste fermée de bases légales.
  • Le transfert vers les États-Unis repose sur le Data Privacy Framework, confirmé par le Tribunal de l'UE le 3 septembre 2025 (affaire T-553/23) — l'historique Schrems justifie néanmoins une clause de réversibilité.
  • SOC 2 et ISO 27001 sont des référentiels de sécurité, pas des attestations de conformité RGPD ou nLPD : vérifier les garanties suffisantes du sous-traitant (art. 28 §1) reste votre obligation.
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La conformité se joue avant la signature

Notre thèse : un déploiement no-code devient auditable quand la DSI obtient des réponses écrites à six questions — localisation des données, base légale, modèle de droits, journalisation, réversibilité, continuité. Consignées, elles alimentent le registre de l'article 30 RGPD et tiennent face à un contrôle. La grille est réfutable : si l'éditeur répond précisément aux six points et que rien n'est consigné chez vous, le problème n'est plus l'outil.

La conformité no-code n'est pas un droit à part : la sécurité low-code repose sur les mêmes textes que n'importe quel SaaS métier soumis au RGPD. L'article 28 §3 impose huit clauses au contrat de sous-traitance (points a à h) : instruction documentée, confidentialité, sécurité (art. 32), sous-traitance ultérieure encadrée, aide à l'exercice des droits, assistance, restitution ou suppression des données en fin de prestation, droit d'audit. Chaque question de la grille se rattache à l'une de ces clauses.

C'est la logique de notre façon de construire : documenter avant de déployer. Les engagements d'éditeurs cités ici sont auto-déclaratifs, constatés le 12 août 2026 — vérifiez-les à la date de signature.

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Question 1 — Où sont les données, et lesquelles

Exemple constaté le 12 août 2026 : avec la résidence européenne d'Airtable, le contenu des bases (enregistrements, pièces jointes, historique) est stocké sur AWS à Francfort, sauvegardé en Irlande — mais authentification, métadonnées et noms des bases restent aux États-Unis. Le réflexe : demander la cartographie par catégorie, jamais une réponse binaire.

Catégorie de donnéesQuestion à poserPourquoi
Contenu métierRégion de stockage primaire et de sauvegardeRegistre de l'art. 30 RGPD
Authentification, métadonnéesRestent-elles dans la région choisie ?Souvent exclues de la « résidence UE »
Logs et données d'usageOù, et combien de temps ?Journalisation (question 4)
Sous-traitants de l'éditeurListe, rôle et localisationArt. 28 §2 et §3 d RGPD

Dès qu'une catégorie quitte l'UE, le chapitre V du RGPD (art. 44 et suivants) encadre le transfert. Pour les États-Unis, il repose sur le Data Privacy Framework, dont le Tribunal de l'UE a rejeté le recours en annulation le 3 septembre 2025 (affaire T-553/23), un pourvoi restant possible. Côté suisse, l'article 16 LPD subordonne la communication à l'étranger à une adéquation constatée par le Conseil fédéral — la liste figure à l'annexe 1 OPDo — et l'article 17 pose les dérogations ; les États-Unis sont sur cette liste depuis le 15 septembre 2024, uniquement pour les entreprises certifiées Swiss-U.S. DPF — à vérifier éditeur par éditeur.

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Question 2 — Quelle base légale, et dans quel texte

Côté RGPD, l'article 6 §1 pose six bases de licéité exhaustives : consentement, contrat, obligation légale, intérêts vitaux, mission d'intérêt public, intérêts légitimes. App RH, CRM, formulaire client : chaque traitement se rattache à l'une des six avant déploiement, puis figure au registre (destinataires, transferts, délais d'effacement).

La nLPD suisse ne fonctionne pas ainsi. Son article 6 pose des principes — licéité, bonne foi, proportionnalité — sans liste fermée de bases légales : le régime privé suisse repose sur l'absence d'atteinte illicite à la personnalité. En vigueur depuis le 1er septembre 2023 sans période transitoire, son article 12 al. 5, mis en œuvre par l'OPDo, exempte du registre les entreprises de moins de 250 collaborateurs dont les traitements présentent un risque limité.

Sur la sous-traitance, l'article 9 LPD impose au responsable de s'assurer que le sous-traitant est en mesure de garantir la sécurité des données (al. 2), et soumet la sous-traitance ultérieure à son autorisation préalable (al. 3). Le RGPD est plus formel :

Le sous-traitant ne recrute pas un autre sous-traitant « sans l'autorisation écrite préalable, spécifique ou générale » du responsable du traitement. — Article 28 §2 RGPD

Traduction opérationnelle : exigez la liste des sous-traitants et la notification des changements. Une grille commune doit signaler ces écarts — sinon elle sur-contraint les PME suisses.

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Questions 3 et 4 — Qui peut faire quoi, qui a fait quoi

Le modèle de droits d'abord. La force du no-code — chacun construit — devient un risque quand chacun administre. Les questions utiles : granularité des rôles et revue périodique des accès. L'article 32 RGPD exige des mesures adaptées au risque ; un compte administrateur partagé entre trois équipes ne l'est pas.

La journalisation ensuite — c'est là que l'écart se creuse. Depuis sa délibération du 14 octobre 2021, la CNIL recommande de conserver les journaux six mois à un an, en traçant accès, créations, modifications et suppressions, avec identifiant et horodatage : c'est le socle de l'auditabilité.

RéférenceJournaux : durée constatée ou recommandée
Recommandation CNIL (2021, toujours la référence en date)6 mois à 1 an, jusqu'à 3 ans pour certains cas
Make — logs (constaté le 12 août 2026)30 jours par défaut ; durée étendue au plan Enterprise
Notion — audit log (constaté le 12 août 2026)Jusqu'à 365 jours ; réservé au plan Enterprise, aucun événement antérieur à la souscription

L'auditabilité dépend souvent du tier tarifaire : budgétez-la à la signature, pas après l'incident.

Ce que ça coûte de ne rien faire — Dans ses fiches cloud de janvier 2024, la CNIL relevait que les violations de sécurité représentaient environ un tiers des sanctions prononcées en 2022. Un incident détecté au jour 45, sur un plan qui conserve 30 jours de journaux, ne laisse aucune trace exploitable : impossible de documenter la violation auprès de l'autorité.

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Questions 5 et 6 — Comment on sort, comment ça tient

La réversibilité a un ancrage textuel précis : l'article 28 §3 g RGPD impose la suppression ou la restitution des données en fin de prestation, au choix du responsable. Le texte ne dit rien du format ni de l'exploitabilité de l'export. D'où trois exigences à contractualiser : export complet (données, fichiers, historique), format ouvert documenté, et test de restauration avant la mise en production — pas au moment de partir.

Pour l'automatisation, une réponse structurelle existe : certains outils au code source disponible autorisent l'auto-hébergement en usage interne, qui replace hébergement et réversibilité sous votre contrôle direct — un arbitrage de coût d'exploitation, détaillé dans notre méthode.

La continuité, enfin, n'est pas une faveur commerciale. L'article 32 §1 RGPD exige des moyens permettant de garantir la disponibilité et la résilience constantes des systèmes (b), de rétablir la disponibilité des données après incident (c), et une procédure de tests réguliers (d). Demandez le SLA écrit : chez Make, le SLA de 99,5 % est attaché au plan Enterprise (constaté le 12 août 2026) — même pattern, la garantie suit le tier.

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Le questionnaire de conformité à envoyer à l'éditeur

Six lignes à joindre à toute consultation d'un éditeur no-code ou de SaaS métier — l'un des premiers documents de nos missions. Un drapeau rouge n'élimine pas forcément l'outil : il impose une mesure compensatoire documentée.

QuestionRéponse attendueDrapeau rouge
1. Où sont hébergées les données, catégorie par catégorie ?Cartographie écrite par catégorie et par région, sous-traitants inclus« Dans l'UE » sans détail par catégorie de données
2. Quel contrat de sous-traitance (art. 28 RGPD / art. 9 LPD) ?DPA couvrant les huit clauses de l'art. 28 §3, liste des sous-traitants, notification des changementsPas de DPA, ou sous-traitance ultérieure sans notification
3. Quel modèle de droits d'accès ?Rôles granulaires, moindre privilège, revue des accès exportableRôle admin unique, partage externe non maîtrisable
4. Quelle journalisation, sur quelle durée ?Accès, créations, modifications, suppressions ; 6 à 12 mois ; export ou streaming SIEM30 jours non extensibles, ou journaux réservés à un tier non budgété
5. Comment récupère-t-on tout, et que devient la copie chez vous ?Export complet en format ouvert ; suppression ou restitution en fin de contrat (art. 28 §3 g)Export partiel ou propriétaire, frais de sortie non chiffrés
6. Quel engagement de disponibilité et de reprise ?SLA écrit, sauvegardes testées, procédure de rétablissement (art. 32 §1 b-d)« Best effort » sans chiffre, aucune procédure de test documentée
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Les limites de cette approche

La grille rend un déploiement auditable ; elle ne le rend pas conforme à elle seule. Elle ne remplace ni l'analyse d'impact quand le traitement le justifie, ni la qualification juridique d'un cas particulier — c'est le travail de votre DPO. Les réponses des éditeurs restent auto-déclaratives et changent régulièrement. Les six questions regardent l'éditeur ; elles ne disent rien de votre gouvernance interne — qui a le droit de construire quoi, avec quelles données. Pour une app sans donnée personnelle, le questionnaire est surdimensionné : les questions 5 et 6 suffisent.

À retenir

  • La localisation se demande catégorie par catégorie, parce que les résidences européennes constatées sont partielles.
  • L'écart entre la recommandation CNIL (6 à 12 mois de journaux) et les réglages par défaut se comble par le contrat et le bon tier : chiffrez l'auditabilité dès le budget initial.
  • RGPD et nLPD ne se recopient pas : appliquer mécaniquement la grille européenne à une PME suisse la sur-contraint, l'ignorer l'expose.

Le no-code n'échappe pas au droit ; il l'atteint plus vite que les procédures d'achat classiques. Six questions posées avant la signature transforment un déploiement opportuniste en système documenté, auditable et réversible — un travail de quelques jours, pas de quelques mois. Ownward aide les entreprises à mieux performer grâce à la technologie — et surtout, à reprendre le contrôle.

Sources

Données et tarifs vérifiés le 12 août 2026.

Les marques citées appartiennent à leurs détenteurs respectifs. Cet article n'est ni commandité ni approuvé par les éditeurs mentionnés.

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