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Vendor lock-in : les cinq formes que personne ne facture

La sortie des données cloud est devenue gratuite et la loi encadre désormais délais et frais de migration. Pourtant, moins de 1 % des clients changent de fournisseur chaque année. Le verrou n'est plus dans la facture — il tient à cinq dépendances que rien ne mesure.

Publié le 19 mai 20266 min de lectureniveau dirigeantdonnées vérifiées le 12 août 2026

TL;DR

  • Moins de 1 % des clients cloud changent de fournisseur chaque année (CMA britannique, décision finale du 31 juillet 2025).
  • La sortie des données est gratuite chez Google Cloud (11 janvier 2024) et AWS (5 mars 2024) ; le Data Act européen interdit tout frais de changement de fournisseur cloud au 12 janvier 2027.
  • La loi garantit la portabilité des données, pas les actifs couverts par la propriété intellectuelle du fournisseur (Data Act, art. 30 §6).
  • Le vendor lock-in réel tient à cinq dépendances qu'aucun contrat ne stipule : données, savoir, comptes, conventions, relation.
  • Les régulateurs financiers (DORA, EBA) exigent des stratégies de sortie documentées et testées : la réversibilité est une capacité, pas une clause.
  • Après le rachat de VMware, CISPE a rapporté en mars 2024 des hausses de licences jusqu'à douze fois — sans violation de contrat.
01

La sortie est devenue gratuite — et personne ne sort

Depuis le 11 janvier 2024, Google Cloud offre le transfert sortant gratuit aux clients qui migrent ailleurs ; AWS a suivi le 5 mars 2024, en se réclamant du Data Act européen. Ce même Data Act, applicable depuis le 12 septembre 2025, plafonne les frais de changement à leurs coûts directs avant de les interdire le 12 janvier 2027. Le coût facturé de la sortie tend vers zéro — parfois sous forme de crédits sur demande, dans une fenêtre de 90 jours : un parcours plus qu'un bouton.

Pourtant, la CMA constate le 31 juillet 2025 que moins de 1 % des clients cloud changent de fournisseur chaque année. Si sortir ne coûte presque rien et que personne ne sort, le verrou n'est pas dans la facture : il tient aux cinq dépendances ci-dessus. Cette thèse est réfutable — la grille finale permet de la tester.

02

Ce que la loi garantit, et où elle s'arrête

Le droit européen a démonté le verrou contractuel : préavis de deux mois maximum, transition de 30 jours, puis au moins 30 jours pour récupérer ses données (Data Act, art. 25). En France, la loi SREN du 21 mai 2024 limite à un an les crédits cloud et plafonne les frais de transfert (contrôle ARCEP). Mais chaque texte porte sa limite.

TexteCe qu'il garantitLa limite inscrite dans le texte
Data Act, art. 25 et 29Sortie en 2 mois + 30 + 30 jours ; frais interdits au 12 janvier 2027Ne couvre que les services cloud
Data Act, art. 30Export « dans un format structuré, couramment utilisé et lisible par machine »§6 : rien de ce qui relève de la propriété intellectuelle
RGPD, art. 20Portabilité des données personnellesTransmission directe « lorsque cela est techniquement possible »
Loi SREN, art. 26 à 30Crédits limités à un an, frais plafonnés, amende jusqu'à 1 M€Transitoire aligné sur le Data Act jusqu'en 2027

Le motif est constant : la loi couvre le contractuel et le mesurable — données, frais, délais — et s'arrête où commence la propriété intellectuelle du fournisseur. L'autorégulation n'avait pas fait mieux : les codes SWIPO (décembre 2019) ont été jugés porteurs de « significant shortcomings » par une évaluation commandée par la Commission européenne (février 2022). Le règlement contraignant a suivi.

03

Les cinq formes que personne ne facture

Ces dépendances ne figurent ni au contrat, ni au budget. Elles se constituent silencieusement, parce que le système fonctionne bien.

FormeCe qui vous retientLe signal d'alerte
DonnéesL'export existe, mais schémas et historique perdent leur sens hors de l'outilAucun export n'a jamais été rechargé ailleurs
SavoirParamétrages et règles métier ne sont documentés que chez le prestataireToute question interne finit en ticket
ComptesIdentités, domaines et intégrations sont rattachés au tenant du fournisseurAucun inventaire des comptes de service chez vous
ConventionsFormats propriétaires, API et automatisations sans équivalent extérieurChaque besoin se résout « dans » l'écosystème
RelationLes conditions réelles tiennent à la relation commerciale, pas au contratUn changement d'actionnaire modifierait votre équation

La norme ISO/IEC 19941:2017 éclaire la première forme : lire un export (portabilité syntaxique) n'est pas comprendre ce qu'il contient (portabilité sémantique). L'article 30 §6 du Data Act protège les conventions : la propriété intellectuelle du fournisseur n'a pas à être divulguée.

La forme « relation » se révèle au pire moment. Après le rachat de VMware par Broadcom, l'association CISPE — fournisseurs cloud européens, partie prenante — a rapporté le 19 mars 2024 des résiliations à quelques semaines de préavis et des hausses de prix jusqu'à douze fois, chez des membres dont plus de 75 % du chiffre d'affaires dépendait de ces technologies. Aucune clause n'avait été violée : la relation avait changé de mains.

04

La finance a déjà tranché : sortir est une compétence

Les régulateurs financiers n'exigent pas une clause de réversibilité, mais une capacité. DORA impose des stratégies de sortie « suffisamment testées et revues périodiquement » pour tout service TIC critique ; dès 2019, l'Autorité bancaire européenne demandait « une stratégie de sortie documentée » pour toute externalisation critique.

En octobre 2024, 37signals (l'éditeur de Basecamp) a documenté une sortie du cloud chiffrée : facture annuelle ramenée de 3,2 à 1,3 million de dollars, environ 700 000 dollars de matériel, plus de dix millions de dollars d'économies projetées sur cinq ans — possible parce qu'une équipe interne savait ré-internaliser. Documenter les choix et garder ce savoir chez le client, c'est le principe au cœur de notre façon de construire.

Ce que ça coûte de ne rien faire — Le standard légal de sortie : deux mois de préavis, 30 jours de transition, 30 jours de récupération (Data Act, art. 25). Découvrir ses dépendances au moment du préavis, c'est les résoudre dans ce délai, en position de faiblesse.

05

La grille de scoring de remplaçabilité

Dix questions, deux par dimension. Notez 0 (non, ou personne ne sait), 1 (partiellement), 2 (oui, vérifié dans les douze derniers mois). Total sur 20.

DimensionQuestionScore 0-2
DonnéesUn export complet, documenté et lisible hors de l'outil existe-t-il ?
DonnéesCet export a-t-il été rechargé avec succès dans un autre système ?
SavoirLe paramétrage et les règles métier sont-ils documentés chez vous ?
SavoirQuelqu'un en interne peut-il expliquer pourquoi le système est configuré ainsi ?
ComptesL'inventaire des comptes, accès et intégrations tierces est-il tenu chez vous ?
ComptesLes identités et le nom de domaine survivraient-ils à un changement de fournisseur ?
ConventionsVos formats et automatisations ont-ils un équivalent hors de l'écosystème actuel ?
ConventionsUne alternative a-t-elle été maquettée ou testée sur un périmètre réel ?
RelationVos conditions tarifaires tiendraient-elles si l'éditeur changeait d'actionnaire ?
RelationUne alternative crédible est-elle identifiée avant chaque renouvellement ?

Lecture : de 16 à 20, vous êtes remplaçable — position de force en négociation. De 10 à 15, traitez d'abord les lignes à 0. Sous 10, votre prestataire connaît votre situation mieux que vous. Refaites l'exercice chaque année, avant les renouvellements — la démarche est décrite dans notre méthode.

06

Les limites de cette approche

Être remplaçable n'est pas toujours souhaitable. Sur un outil périphérique, scorer la remplaçabilité coûte plus qu'elle ne rapporte. Certaines dépendances sont des choix rationnels : la CMA n'a pas jugé anticoncurrentielles les remises sur engagement de dépense — concentrer ses achats peut être un choix éclairé. Et la réversibilité totale a un coût : abstraire chaque convention propriétaire, c'est renoncer à une partie de la valeur qui a justifié l'outil. L'objectif n'est pas 20 partout, mais de savoir où l'on se situe sur les systèmes qui portent le chiffre d'affaires.

À retenir

  • Le verrou financier de la sortie disparaît ; restent cinq dépendances que ni le contrat ni le budget ne montrent.
  • La loi garantit les données, les frais et les délais — jamais le savoir, les conventions ni la relation.
  • Scorer sa remplaçabilité chaque année, avant les renouvellements, transforme une dépendance subie en dépendance choisie.

La réversibilité se construit pendant que tout va bien, dimension par dimension. La grille prend une heure la première fois ; le gain se mesure à chaque renouvellement.

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Sources

Données et tarifs vérifiés le 12 août 2026.

Les marques citées appartiennent à leurs détenteurs respectifs. Cet article n'est ni commandité ni approuvé par les éditeurs mentionnés.

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